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Gérer le parasitisme des bovins au pâturage en tenant compte des enjeux écologiques

Les insectes coprophages contribuent à la valorisation des pâturages.

 

 Certains antiparasitaires sont éliminés dans les bouses en conservant leurs propriétés insecticides ; ils peuvent affecter la faune non cible (FNC) dont les insectes coprophages (bousiers notamment) et perturber le fonctionnement de l’écosystème de la prairie. Depuis une vingtaine d’année, les dossiers d’autorisation de mise sur le marché des médicaments vétérinaires doivent comporter une étude de leur impact sur la FNC, afin de préserver la biodiversité et éviter la contamination de l’environnement. Ainsi, des précautions d’emploi spécifiques sont maintenant indiquées  dans le résumé des caractéristiques du produit et peuvent être rappelées aux éleveurs. On trouve des mentions telles que «  dangereux ou toxique pour les poissons, les organismes aquatiques, les insectes bousiers ; ne pas contaminer les cours d’eau avec le produit ou leur conditionnement vide ; interdire l’accès direct à des étangs, cours d’eau et fossés des bovins traités pendant 14j…  »

 

 

Pourquoi préserver les insectes coprophages ?

 

Les insectes coprophages, avec certaines mouches et les vers de terre, sont essentiels à la dégradation des bouses. En forant des galeries qui aèrent l‘intérieur de la bouse et en transportant des bactéries, ils préparent le travail de décomposition, accélèrent la fertilisation des sols par les excréments dont la  disparition rapide limite les zones de refus des bovins et améliore donc la valorisation de l’herbe par le troupeau. Mieux encore, les bousiers transportent sur leur carapace des microbes qui s’attaquent aux larves de strongles (parasites des bovins) présentes dans les bouses.

En outre, certaines espèces sont rares voire patrimoniales. Ils constituent aussi tout ou partie du régime alimentaire de nombreux petits mammifères ou oiseaux, parfois d’espèces protégées, telles que les chauves-souris.

 

Est-il possible de préserver ces espèces tout en continuant à protéger correctement les bovins contre les parasites ?

 

Jean-Pierre Lumaret, chercheur en écologie des insectes et auteur de la plupart des études sur l’impact des traitements antiparasitaires sur la FNC en France, écrivait déjà en 2001 : « Il ne faudrait pas être irréaliste et proscrire tout traitement des animaux, même lorsque ceux-ci pâturent dans des espaces protégés. Par contre il s’agira de choisir soigneusement les molécules dont l'impact est moindre sur l'environnement, et d'aménager les périodes de traitement qui soient compatibles à la fois avec la phénologie des Invertébrés qu'il s'agit de préserver, et avec le cycle des parasites dont il convient de réduire les effectifs afin de conserver un bon état sanitaire des troupeaux. »

 

Tout est dit ! Il s’agit d’intégrer le critère environnemental pour raisonner un peu plus finement ses choix de traitements antiparasitaires.

 

Quels critères prendre en compte pour mieux déterminer ma stratégie de maîtrise du parasitisme ?

 

Cela commence par l’identification des parasites réellement présents dans l’élevage et de leur impact, en ayant recours aux examens de laboratoire les plus judicieux (et en connaissant les limites de leur interprétation).

Leurs résultats sont autant de points de contrôles de la pertinence de vos choix. Moins les animaux sont traités, plus ils doivent évidemment bénéficier d’une surveillance rapprochée ; quand des signes de maladie sont visibles (toux, diarrhée, amaigrissement, chute de production…) il est généralement déjà trop tard.

 

L’impact du parasitisme, qui accapare une partie des ressources nutritionnelles des bovins et diminue la résistance aux maladies microbiennes, est d’autant plus important que les animaux sont déjà carencés en nutriments, azote, énergie, vitamines, minéraux, oligo-éléments… Il faut donc veiller à leur fournir une ration suffisante et équilibrée.

 

Un contact maîtrisé mais régulier des jeunes bovins avec un faible nombre de strongles gastro intestinaux leur permet de développer leur immunité vis-à-vis de ces vers. Afin de diminuer la pression parasitaire sur le pâturage et donc de traiter moins, il est possible de sortir les animaux plus tardivement au printemps, de faucher à l’automne ou avant la mise à l’herbe, d’effectuer des rotations de pâturage, du côpaturage avec des espèces non sensibles aux mêmes strongles comme les chevaux, de diminuer le chargement…

 

Dois-je changer de traitement ?

 

L’effet des traitements sur l’environnement varie selon la période du traitement, la molécule utilisée, sa vitesse de dégradation, sa durée d’activité, le mode, la fréquence d'administration et la proportion d’animaux traités :

 

-          Les traitements à l’étable n’impactent pas ou peu la FNC.

Si un traitement au pâturage est nécessaire, on évitera les périodes de forte activité et de reproduction des bousiers (dans le mois qui suit la mise à l’herbe en région nord et humide, de mai à août plus au sud). En pâturage permanent, il est possible de confiner les animaux dans un parc pendant le temps d’élimination du produit dans les bouses.

 

-          Toutes les molécules disponibles pour traiter le parasitisme n’ont pas le même effet sur la faune coprophage. Les plus dangereuses sont les avermectines (doramectine, ivermectine, éprinomectine) dont les produits d’excrétion fécale gardent leurs propriétés insecticides. La moxidectine, en revanche, l’est beaucoup moins. Le levamisole, excrété par voie urinaire, n’est pas non plus toxique pour les bousiers.

 

-          Les vermifuges administrés sous forme de pour-on peuvent augmenter le risque, car les doses administrées sont plus importantes et les phénomènes de léchage entre les animaux augmentent le volume de produit rejeté dans les bouses.

 

-          Les formules «longue action» qui diffusent le produit sur de longues périodes présentent un risque accru par rapport à un traitement non rémanent.

 

-          A l’opposé d’un traitement systématique, l’approche lot par lot, voire par catégories d’animaux pâturant au même endroit, est préférable ; les animaux pâturant en zone humide, les jeunes, les broutards mâles vendus au sevrage, les génisses de renouvellement, les primipares au vêlage, les allaitantes suitées, les VLHP, etc. doivent faire l’objet de stratégies de traitement différentiées.